Artiste : un plan B ?

Article publié le 4 mars 2018 sur notre page Facebook.

En février 2018, Christine Angot était invitée à la télévision en même temps que Grand Corps malade. Quand son album ‘Plan B” a été évoqué, elle a réagit :

Pour tous les artistes, être artiste c’est toujours un plan B. C’est ne pas avoir pu faire ce qu’on pensait faire quand on était petit, c’est-à-dire avocat, instituteur ou médecin, ou travailler dans une entreprise. C’est toujours le résultat au fond d’un échec.”

Les mots sont crus et durs, mais n’ont pour vocation à descendre les artistes. Christine Angot parle de sa propre expérience, qu’elle partage avec Grand Corps malade : tous deux sont devenus artistes en second choix.

Ce n’est pas la personne mais l’idée qu’il faut critiquer.

Car c’est une idée beaucoup trop partagée.

Quelle est donc cette idée ?

Beaucoup pensent que l’art est improductif pour la société. Un médecin soigne, un avocat défend, un entrepreneur crée des emplois et du capital, un instituteur enseigne, mais les artistes créent pour “divertir”.

C’est l’idée qu’il faut apporter du concret, du mesurable, qui fasse avancer le monde. Et donc qu’un métier artistique, qui lui sert plus à l’esprit qu’au concret, n’apporte rien.

Et pour aller au bout de cette idée, on pousse les jeunes vers des fillières scientifiques ou économiques, on n’encourage pas leur talent créatif pour en faire leur métier, bref, trop souvent, on faire passer l’art pour une passion à côté.

Alors, oui, parfois, l’art devient un plan B, quand on n’a plus envie de suivre des chemins tous tracés, qu’on a trop longtemps fait taire cette voix créative.

La vision de l’art s’est dégradée au fur et à mesure que la société est devenue productiviste.

Je reprends ce qu’a dit Mr Mondialisation à ce propos (lien dans les sources).

Dans l’antiquité, cette vision était inversée : l’art était Liberté, et en ce sens recherché, quand le travail, obligatoire pour subvenir à ses besoins, en était la privation.

 

Une considération des artistes en dégradation ?

 

Les artistes seraient-ils des rêveurs bohèmes qui n’apportent rien de concret au monde ? C’est plus subtil que ça. Personne n’attaque directement les artistes en les rabaissant ou en les disant inutiles. Par exemple, ce problème de considération se mesure assez bien avec la manière dont ils sont rémunérés.

Combien de fois les photographes se sont-ils entendu dire : “Avec un bon appareil et un filtre Insta, je peux faire des photos aussi bonnes.” Ou un dessinateur “Si j’avais ton don je pourrai faire la même chose.” Ou, pour beaucoup d’arts : “Tu fais ça par passion, pourquoi tu voudrais être payé plus ?”

Pour avoir une vision claire et directe de la considération des artistes, je vous invite vivement à suivre Pigeon Gratuit : ils postent et dénoncent chaque jour des annonces et témoignages sur le sujet.

 

Ce sont donc trois (parmi d’autres) exemples pour jauger de la manière dont les artistes sont perçus. Trois méconnaissances, pour ne pas dire clichés.

  • Un : avec les technologies, tout devient facile. Plus besoin de travailler.
  • Deux : quand on a un don, c’est encore plus facile. Pas besoin de travailler.
  • Trois : quand c’est une passion, ce n’est pas un travail, donc pas besoin de payer.

Allez donc dire à l’auteur de votre livre de chevet que, franchement, avec les ordinateurs c’est facile, surtout quand on aime écrire et qu’on est doué. Et que s’il aime tant écrire, le fait de savoir qu’on le lit devrait lui suffire.

Me serais-je éloignée du sujet initial ?